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Les personnes âgées et l'alcool

La consommation d’alcool chez les personnes âgées est un sujet peu connu, parfois tabou.

Plusieurs raisons expliquent ce phénomène [1].

Tout d’abord, la consommation d’alcool chez ce public est moins visible : les  conséquences sociales étant moins nombreuses (arrêt de travail, retrait de  permis, agression, etc.) et le réseau social entourant les personnes âgées étant  plus restreint, la consommation d’alcool chez ce public a tendance à passer à la trappe.

Ensuite, la majorité de la population a tendance à minimiser la consommation  d’alcool chez ce public, comme si ce n’était pas dangereux pour les personnes  âgées ou encore comme si il était trop tard pour les aider.

Finalement, la littérature s’est peu penchée sur cette question. Elle met en évidence une réelle difficulté des professionnels à déceler les signes d’une consommation problématique. En effet, d’autres pathologies liées à l’âge présentent les mêmes conséquences physiques (troubles de la mémoire, difficultés de concentration, chutes, etc.) et rendent le diagnostic difficile.

La consommation d’alcool chez les personnes âgées est donc peu visible et pourtant, avec l’âge, elle comprend davantage de risques et mérite toute notre attention. D’autant plus, qu’avec le vieillissement démographique, les consommations problématiques d’alcool peuvent perdurer dans le temps.

Les effets de l'alcool

Boire de l'alcool exerce un effet direct sur le corps. L'alcool absorbé se retrouve dans le sang et se diffuse alors dans le corps. Après une dizaine de minutes, il atteint le cerveau et les premiers effets se font sentir (voir aussi : l'alcool et le cerveau). 

L'effet varie en fonction du nombre de verres consommés, de la vitesse d'absorption, du sexe, de la taille et du poids, du mode de consommation de l'alcool, de l’humeur à ce moment-là, du niveau de fatigue,  de la condition physique et … de l’âge.

En savoir plus sur l’assimilation de l’alcool dans le corps »

A un âge avancé, on supporte moins l'alcool qu'à un âge plus jeune [2]. Cette différence s’explique par les différents changements métaboliques qui surviennent lorsque l’on vieillit. Tout d’abord, la quantité de liquide tend à diminuer, alors que la quantité de graisse augmente dans l’organisme. De plus, le foie et les reins travaillent de manière moins efficace et la résistance physique diminue. Dès lors, lorsqu’une personne âgée boit de l’alcool, son organisme assimile moins vite la substance psychoactive (l’éthanol). Par conséquent, pour une même quantité d'alcool, les personnes âgées présentent des taux sanguins plus élevés, une tolérance moindre et une ivresse plus rapide (avec potentiellement plus de dommages physiques).


Types de consommation et risques liés

Comme pour tout un chacun, les personnes âgées consomment de l’alcool de différentes façons : de l’abstinence à la dépendance, il est important de déceler le mode de consommation, les risques qui y sont liés, et de prévenir les effets sur la vie de la personne [3].

Tous les consommateurs d’alcool ne sont évidemment pas dépendants à l’alcool.

Plus d’informations concernant les types de consommation »

  • Consommation excessive d’alcool

On parle de consommation excessive lorsque la personne consomme ponctuellement de l’alcool, mais en excès.

Pour en savoir plus sur la consommation raisonnable »

Chez les personnes âgées, les chutes et accidents sont les risques majeurs d’un tel mode de consommation.

  • Consommation problématique

Une consommation problématique d’alcool est une consommation qui a des conséquences sur la vie de la personne. Elles peuvent être sociales (par exemple l’isolement), physiques, psychiques, financières (par exemple des dettes), etc.

Les troubles les plus fréquents sont : l’hypertension, les problèmes gastro-intestinaux, l’incontinence, la fatigue, la dépression, les insomnies, la désorientation, les problèmes de mémoire et les troubles de l'équilibre. Les personnes âgées courent également un risque plus élevé de chutes (une cause importante de décès chez les plus de 65 ans). 

Comment la consommation devient-elle problématique chez les personnes âgées ? Il existe deux grandes catégories : soit, la consommation était antérieure à l’entrée dans le troisième âge et se poursuit au fil des années ; soit la consommation survient à postériori, en réaction à des changements de vie [3]. Dans le premier cas, les habitudes de consommation s’étaient installées plus tôt dans la vie de la personne et se maintiennent. Par exemple, la personne avait l’habitude de prendre l’apéro chaque soir et cette habitude s’accentue au fil du temps : la personne a besoin d’augmenter la quantité d’alcool pour obtenir le même effet de détente. Dans le second cas, la consommation survient lors du troisième âge et peut être en réaction aux changements liés à cette période de vie. La perte d’autonomie, le début de la retraite, l’isolement, les soucis de santé, la perte de son conjoint, sont autant d’évènements qui viennent bouleverser la vie de la personne et qui peuvent provoquer un début de consommation problématique.

Au-delà de ces deux grandes catégories, la consommation d’alcool peut devenir problématique pour d’autres raisons, en fonction des spécificités individuelles.

  • Dépendance

La dépendance se définit par la nécessité de consommer, alors que les risques pour la santé, l’isolement social, s’intensifient avec le temps et avec l’âge. Ce n’est pas le mode de consommation le plus fréquent des personnes âgées, mais les chutes, l’isolement, les difficultés financières sont des indices d’une éventuelle dépendance à l’alcool.

Identification de la consommation problématique

Les problèmes liés à l'alcool chez les personnes âgées sont souvent identifiés de manière relativement tardive, tant par l'entourage que par les professionnels [4]. Pour les médecins de famille et les thérapeutes, cette reconnaissance est souvent difficile en raison de la grande diversité de troubles, propres à leur âge, que peuvent présenter les personnes âgées. Certains signaux peuvent dans ce cas être perçus comme des symptômes liés à d'autres problèmes. Par exemple, les chutes fréquentes sont attribuées à l'âge et les trous de mémoire sont considérés comme un symptôme de démence précoce. Dans les deux cas pourtant, il peut s'agir de conséquences d'une consommation excessive d'alcool.

Certains auteurs mettent en évidence le manque de repères concernant l’identification de la consommation problématique : le déni de la consommation, le faible réseau social et la difficulté diagnostique ne permettent pas toujours de déceler les signaux d’une consommation problématique. Il est dès lors important de pouvoir rétablir un dialogue, un échange entre la personne âgée et son interlocuteur.

 

 

Alcool et médication

L'association médicament - consommation d'alcool n'a pas le même effet pour toutes les molécules médicamenteuses. L'alcool peut modifier l'action de certains médicaments et certains médicaments peuvent augmenter les effets de l'alcool. Ces effets peuvent exister alors qu'il y a plusieurs heures (voire - plus rarement - plusieurs jours) d'intervalle entre les différentes consommations. Or, avec l’avancée en âge, la prise de médicaments est plus fréquente et les risques d’interactions sont donc plus nombreux.

 

Si vous souhaitez davantage d’informations concernant les interactions entre les différents psychotropes et quelques conseils à ce sujet : "Médicaments et Alcool? Evitez les cocktails à risque..." ou encore sur le site http://www.pharmacie.be/medicaments/medicaments-et-alcool-evitez-les-cocktails-risque.

 

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[1] Groupe de travail de la SFA et de la SFGG (2014). Personnes âgées et consommation d’alcool – Quels sont les moyens du repérage des risques à ces consommations chez les personnes âgées, Alcoologie et addictologie, 36 (3), 247-251.

[2] SFA/ISPA (2005). Informations à l’attention des personnes âgées et de leur entourage. Les aînés et l’alcool. http://www.alcoolespace.com/images/ISPA-Aines_alcool.pdf

[3] Michaud, Ph. (2003). Risque alcool chez les plus âgés, Gérontologie et société, 105, 89-99.

[4] Groupe de travail de la SFA et de la SFGG (2014).  Personnes âgées et consommation d’alcool, Alcoologie et addictologie, 36 (1), 61-72.

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