27 Jan 2016

La « gueule de bois » n’est pas dissuasive

Catégories: Recherches, Nouvelles Auteur: Equipe aide-alcool 1 commentaire

La « gueule de bois » n’est pas dissuasive

Les symptômes de la « gueule de bois » ressemblent, à un certain degré, à ceux qui sont expérimentés durant le sevrage par des personnes alcoolo-dépendantes : nausées, bouche pâteuse, mal de crâne, perte d’appétit, tremblements, fatigue….. Ces symptômes peuvent être expérimentés dès une consommation relativement limitée d’alcool, voire même pour une consommation exceptionnelle.

Nombreux sont ceux qui l’ont expérimenté et qui ont ensuite juré qu’on ne les y reprendrait plus ! Pourtant,  lors de l’occasion suivante, ce n’est pas le souvenir de ce lendemain de veille difficile qui empêche de boire à nouveau… et de revivre les mêmes symptômes physiques désagréables le lendemain.

Pendant la période des fêtes, la presse généralela presse féminine,  comme la presse spécialiséese sont penchées sur la question de la « gueule de bois » et comment y faire face. Aux lendemains de fêtes, nous vous proposons un résumé de ce qu’en dit la littérature.

Nous aborderons ici l’importance de la quantité consommée sur les symptômes de la gueule de bois et l’impact de cette dernière sur les consommations ultérieures d’alcool. Nous finirions par une question fréquente : « que faire pour éviter la gueule de bois ? ».


1)     La « gueule de bois » ou veisalgie

Veisalgie, c’est le nom scientifique de la communément dénommée « gueule de bois ». Cette dernière appellation très imagée désignait à la base la bouche (« gueule ») pâteuse et sèche (« aussi sèche que du bois ») observée au réveil le lendemain d’une soirée trop arrosée. Désormais entrée dans les mœurs, cette dénomination regroupetous les symptômes qui l’accompagnent.

2)      Importance de la quantité consommée

Les symptômes de la « gueule de bois » semblent être directement liés à la quantité consommée.

En 2015, le Dr Joris Verster (Université d'Utrecht, Pays Bas) a réalisé une étude sur les habitudes de consommation d’alcool de 789 étudiants canadiens. Il met en évidence que "la majorité des étudiants qui ont revendiqué ne jamais subir d'effets secondaires dus à l'alcool avaient tendance à boire beaucoup moins que leurs homologues" [5].

3)      Impact sur les consommations ultérieures

De nombreuses personnes sont persuadées qu’après une gueule de bois, on a tendance à retarder la prochaine consommation ou au contraire, à reboire aussitôtpour se soulager des symptômes. Qu’en est-il vraiment ?

Les études montrent que la réponse apportée aux symptômes de la gueule de bois varie énormément d’une personne à l’autre.

Certaines études montrent des proportions allant jusqu'à 50% de personnes qui boivent pour ne pas subir les symptômes douloureux des lendemains [4], là où d’autres études indiquent que ces symptômes n’auraient que peu d’effets sur la consommation ultérieure (chez les petits consommateurs surtout) [2].

En effet, on ne ressentirait pas tous les effets de la consommation d’alcool de la même manière. Certains perçoivent ces symptômes comme négatifs, tandis que d’autres les perçoivent comme neutres, voire positifs. C’est donc une notion entièrement subjective et les comportements de consommation à la suite d’une gueule de bois sont donc variables d’une personne à l’autre.

Enfin, Damaris J. Rohsenow, un professeur de l'Université Brown (USA) affirme que le plaisir ressenti en buvant l’emporte sur l’effet désagréable de la gueule de bois [2] :

« Les gens qui boivent beaucoup éprouvent généralement des effets agréables en buvant, et c'est ce qui motive la décision de boire beaucoup à nouveau. La douleur de la gueule de bois est temporaire et est perçue comme une nuisance plus qu’une conséquence négative importante."

En conclusion, que ce soit pour éviter un ressenti pénible ou pour revivre une expérience ressentie comme agréable, les comportements des grands comme des petits consommateurs semblent être peu influencés par la gueule de bois.


4)     Existe-t-il des remèdes contre la gueule de bois ?

Les études apportent des résultats peu concluants sur le sujet. A quantités consommées égales, le fait de boire de l’eau, de manger ou de ne rien faire n’aurait pas d’influence sur les symptômes du lendemain. Ce qui aurait un effet, c’est la quantité consommée [5].

Ainsi, à ce jour, il semblerait toujours que le meilleur remède contre la gueule de bois soit la consommation modérée.

 

Notes

[1] European College of Neuropsychopharmacology. (2015) "Can you avoid hangovers after heavy drinking?." ScienceDaily. Online, www.sciencedaily.com/releases/2015/08/150829123815.htm (Page consultée le 28/12/2015).

[2] Epler, J. A., Tomko, R. L., Piasecki, T. M., Wood, P. K., Sher, K. J., Shiffman, S. (2014). Does Hangover Influence the Time to Next Drink? An Investigation Using Ecological Momentary Assessment. Online,  DOI: 10.1111/acer.12386.

 [3] Mallett, K.A., Bachrach, R.L. & Turrisi R. (2008). Are all negative consequences truly negative? Assessing variations among college students' perception of alcohol related consequences. Addiction Behavior, 33(10), 1375-1381. Online, DOI : 10.1016/j.addbeh.2008.06.014.

[4] Hunt-Carter EE, Slutske WS, Piasecki TM. Characteristics and correlates of drinking to relieve hangover in a college sample. Alcohol Clinical Exp Res. 2005;29 (Suppl s1):152A.

[5] Verster, J.C. & Penning, R. (2010). Treatment and prevention of alcohol hangover. Current drug abuse reviews, 3 (2), (pp. 103-9)

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10 Sep 2014

Faire goûter de l’alcool à ses enfants, une expérience sans conséquences ?

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Alcool et repas de familleGoûter un peu d’alcool en famille est souvent la première façon dont les enfants sont initiés à cette substance. C’est pourquoi John E. Donovan, professeur de psychiatrie et d’épidémiologie à l’Université de Pittsburgh (USA), s’est intéressé aux conséquences de cette expérience précoce : 

« Pour de nombreux enfants, le ‘premier verre’ n’est pas la première expérience de consommation d’alcool», souligne Robert A. Zucker, directeur du Centre de recherche sur la toxicomanie à l’Université du Michigan. "En fait, bien que les données de l’étude indiquent que seulement 7% des enfants de 12 ans ont déjà bu un verre, plus de 50% des enfants de 12 ans et environ 33% des enfants de 8 ans en ont déjà bu une gorgée." 

Mais doit-on vraiment s’inquiéter d’une telle consommation ? 

Car si de nombreuses études ont montré que les comportements précoces d’alcoolisation sont impliqués dans le développement ultérieur de problèmes de dépendance, très peu d'entre elles se sont intéressées à une consommation de quelques gorgées.

Donovan, dans une recherche précédente, avait révélé que goûter de l’alcool à l’âge de 10 ans était significativement lié à l’apparition précoce de la consommation d’alcool, elle-même associée à de nombreuses conséquences négatives à l’adolescence et à l’âge adulte, tels que la dépendance à l’alcool, aux drogues ou aux médicaments, la délinquance, les comportements sexuels à risque, les accidents de voiture, les problèmes d’emploi, etc. Néanmoins l’auteur précise ne pas pouvoir répondre quant à l’incidence de goûter un peu d’alcool pendant l’enfance.

C’est pourquoi son équipe a tenté de répondre à cette question en suivant sur plusieurs années la consommation d’alcool de 452 enfants âgés de 8 à 10 ans. 

Voici les deux conclusions principales de cette étude :

  • Tout d’abord, les enfants qui ont goûté de l’alcool avant l’âge de 12 ans rapportent que leurs parents sont plutôt favorables à cette expérience, et plus susceptibles d’être eux-mêmes des consommateurs. 
  • Ensuite, ceux qui avaient déjà goûté précocement n’ont pas développé plus de problèmes de comportement à l’adolescence que les autres. 

Cette constatation semblerait donc indiquer que boire exceptionnellement quelques gorgées d’alcool ne serait pas un problème, qu’il ne s’agirait pas d’un indicateur précoce du développement de problèmes par la suite.

Cependant, cette étude démontre par ailleurs que goûter de l’alcool précocement est fortement lié au modèle parental.  « Les enfants n’observant pas de désapprobation de la part de leurs parents sur le fait de boire quelques gorgées d’alcool seront plus susceptibles de faire un premier pas vers la consommation d’alcool. Plus que cela, si les parents boivent devant leurs enfants, ceux-ci seront plus enclins à boire ou à goûter l’alcool de manière précoce. » déclare le Pr. Donovan. 

La question de l’incidence de quelques gorgées d’alcool pendant l’enfance en comparaison avec un verre « normal » reste donc entière. Par contre, la culture et les habitudes familiales vis-à-vis de l'alcool auraient clairement leur importance dans les futures habitudes de l'enfant

L’auteur appelle donc à la prudence sur le fait de consommer devant de jeunes enfants et à rester vigilant quant aux messages envoyés au sujet de l’alcool. Il ajoute qu’à l’inverse, aucune étude n’établit que cette première expérience avec l’alcool, à la maison, soit un facteur de protection. D’autres études seront donc nécessaires pour mieux comprendre les implications positives ou négatives de la consommation précoce d’alcool. 


Référence de l’article : John E. Donovan, Brooke S. G. Molina. Antecedent Predictors of Children's Initiation of Sipping/Tasting Alcohol. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 2014; DOI: 10.1111/acer.12517.

Source : Alcoholism: Clinical & Experimental Research. "Young children's sipping/tasting of alcohol reflects parental modeling." ScienceDaily. ScienceDaily, 26 August 2014. <www.sciencedaily.com/releases/2014/08/140826205509.htm>.

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11 Avr 2014

L'alcool et les femmes

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Alcoolisme au fémininLa littérature scientifique nous montre que l’usage des substances psychoactives, et notamment en ce qui concerne l’alcool, n’est pas le même entre les hommes et les femmes. Si les études épidémiologiques montrent clairement une différence en termes de consommation (les hommes consomment en général des quantités plus importantes que les femmes), l’analyse de la littérature met en évidence des spécificités de genre qui s’articulent selon des dimensions biologiques, sociales et psychologiques.

Très récemment, des chercheurs de l’Université de Pékin en Chine ont publié dans « the Journal of Women's Health » une revue de 24 études, menées sur différents continents, pour comparer le risque de décès des consommateurs excessifs d’alcool selon leur genre. Le risque de mortalité toutes causes confondues est multiplié par 1,5 pour une femme consommant quotidiennement 75g d’alcool (environ 7 verres standards) par rapport à un homme ayant la même consommation. Le facteur multiplicatif atteint même 2,5 en défaveur de la gent féminine pour les consommations plus importantes, de l’ordre de 10 doses standard par jour, soit 100g d’alcool quotidiens.

Les femmes seraient donc plus vulnérables face à l’alcool et représenteraient une population plus à risque.

En effet, sur le plan biologique, elles réagissent plus vite et plus intensément aux effets de l'alcool que les hommes. A quantité ingérée d’alcool égale, le taux sanguin d’alcool est plus élevé chez la femme (différence en lien avec le poids, la quantité d’eau dans le corps et  quantité d’alcool-déhydrogénase).

Mais ce ne sont pas les seules différences hommes/femmes.

Sur un plan social, la consommation d’alcool est nettement moins bien acceptée chez la femme que chez l’homme En effet, la femme qui boit est plus rapidement stigmatisée que l’homme qui boit. Ce qui crée un sentiment de honte parfois très intense, accompagné d’une estime de soi souvent plus basse.

Enfin, sur un plan psychologique, pour une grande partie d'entre elles, l'anxiété, la dépression et la solitude sont des facteurs qui concourent à la consommation. En 2003, Zilberman et al. ont établi dans une revue systématique de la littérature que les femmes qui ont un usage problématique d'alcool présentent plus fréquemment au préalable des troubles anxio-dépressifs.

L’alcoolisme est un problème de santé. Un problème qui est commun aux femmes et aux des hommes. Cependant, les regards condamnants peuvent entraîner chez la personne alcoolique de la culpabilité et de la honte qui ont pour conséquence qu’elle ne cherchera pas d’aide. Les femmes alcooliques se sentent jugées sévèrement parce qu’elles ne seraient ni une bonne mère, ni une bonne épouse, ni une bonne maîtresse de maison. Elles sont soupçonnées de s’écarter des rôles et statuts traditionnellement dévolus aux femmes.

Pour toutes ces raisons, les femmes attendent plus longtemps avant de demander de l'aide et se font plus discrètes dans les centres d’aide classiques. Il est donc indispensable de leur proposer une offre de soins diversifiée, prenant en compte toutes leurs spécificités.

  • Votre compagne, amie ou maman boit et vous souhaitez des conseils pour pouvoir l'aider ? Rendez-vous ICI
  • Pour en savoir plus sur cette thématique :

Serge Escots & Guillaume Suderie (2013) Revue de la littérature : Femmes et Addictions, Institut d'anthropologie clinique

Axelle Hoffman (2007). L'alcoolisme est-il soluble dans le féminisme. Santé conjuguée n°42

Alcoolisme : Boire comme une femme, Question santé

Wang C, Xue H, Wang Q, Hao Y, Li D, Gu D, Huang J. Effect of Drinking on All-Cause Mortality in Women Compared with Men: A Meta-Analysis. J Womens Health (Larchmt). 2014 Mar 10.

Zilberman ML, Tavares H, Blume SB, el-Guebaly N. Substance use disorders: sex differences and psychiatric comorbidities. Can J Psychiatry. 2003 Feb;48(1):5-13.

image © kmiragaya - Fotolia.com

 

27 Aoû 2013

Alcool, Plaisir et Dépendance ? Une explication de la vulnérabilité à l’alcoolisme

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Récemment, une étude publiée dans la revue scientifique Alcoholism: Clinical & Experimental Research (1) a cherché à expliquer pourquoi certaines personnes sont plus à risques que d’autres de développer une dépendance à  l’alcool.

Selon le professeur Marco Leyton et son équipe de l'Université McGill, de Montréal, un début de réponse pourrait se trouver dans le fait que le cerveau peut, chez certains, produire une quantité exagérée de dopamine lors de la consommation d’alcool.

Pour cela, ils ont identifié des personnes «à risque» parmi 26 buveurs (18 hommes et 8 femmes) âgés de 18 à 30 ans et ont observé le fonctionnement de leur cerveau lorsqu’ils consomment un jus de fruit ou bien de l’alcool.

«Nous avons constaté que les personnes vulnérables à l'alcoolisme ont présenté une réponse anormalement élevée et inhabituelle de dopamine dans le cerveau quand ils ont pris un verre», a déclaré le Pr Leyton. "Cette réponse pourrait stimuler la recherche de comportements de récompense et contrecarrer les effets sédatifs de l'alcool. À l’inverse, les personnes pour lesquelles une réponse dopaminergique était moins marquée pourraient expérimenter des effets sédatifs de l'alcool particulièrement prononcés».

Selon les chercheurs la dopamine aurait donc un lien avec le risque d’alcoolisme. Mais comment cela fonctionne-t-il ? 

Le circuit de la récompense : rechercher l’agréable et éviter le désagréable

Dopamine

Le « circuit de la récompense » est constitué d’un ensemble de structures cérébrales dont la principale mission est la survie de l’organisme. Les fonctions vitales (manger, boire, se reproduire) sont associées à une sensation agréable, de plaisir, qui inciterait à la répétition de ces mêmes comportements. C’est la dopamine, un messager chimique (neurotransmetteur) du cerveau, qui est à l'origine de ce bien-être.

Toutes les drogues, y compris l’alcool, activent de façon importante ce «circuit de la récompense» en y provoquant la libération de la dopamine. C’est par cet intermédiaire que l’alcool et les autres drogues induisent un sentiment de plaisir.

C’est probablement pourquoi boire un verre augmente le désir d’en vouloir un deuxième, car la dopamine induite par l’alcool rendrait le second verre d’autant plus souhaitable.

La difficulté est de gérer ce plaisir pour qu'il nous fasse effectivement plus de bien que de mal. La répétition de la prise de substances actives peut dérégler le «circuit de la récompense», avec pour conséquence que seuls ces produits peuvent encore provoquer du plaisir, au détriment de nos besoins vitaux.

Ainsi, physiologiquement, la dépendance est intimement liée à la quête du plaisir parce que nous sommes tous prédisposés à répéter les expériences agréables.

Selon le Pr Layton, «Les gens en prise avec l'alcoolisme veulent souvent savoir deux choses: comment ont-ils développé ce problème? Et que peut-on faire pour aider? ». Il conclut que cette étude nous permet de répondre à la première question en approfondissant notre compréhension des causes de la dépendance. 

Pour en savoir plus : Le cerveau à tous les niveaux

(1) Elaine Setiawan, Robert O. Pihl, Alain Dagher, Hera Schlagintweit, Kevin F. Casey, Chawki Benkelfat, Marco Leyton. Differential Striatal Dopamine Responses Following Oral Alcohol in Individuals at Varying Risk for Dependence. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 2013; DOI: 10.1111/acer.12218

 

28 Jui 2013

Comment l'alcool influence-t-il notre mémoire ?

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Alcool et cerveauLes travaux de recherche actuels nous montrent que les conséquences de la consommation chronique d’alcool sur la mémoire sont de mieux en mieux connues. Hélène Beaunieux et son équipe de l’université de Caen (France) étudient depuis 2007 ces perturbations spécifiques dans une perspective neuropsychologique et en neuro-imagerie.

Leurs études démontrent que l'alcool peut en effet avoir des répercussions sur la mémoire de travail, qui permet de retenir et manipuler des informations pendant un court délai (un numéro de téléphone ou une adresse à noter par exemple), mais aussi sur la mémoire épisodique, qui permet de se rappeler des événements vécus (nos souvenirs). Ils ont également montré que l’alcool peut avoir un impact sur les capacités d’apprentissage de nouvelles informations.

Cependant, les troubles de mémoire sont de sévérité très variable et diffèrent en fonction de l’atteinte cérébrale initiale. Les patients atteints du syndrome de Korsakoff, la forme clinique sévère de l’alcoolo-dépendance, peuvent présenter un syndrome amnésique définitif tandis que certains patients présentant une forme moins sévère de dépendance n’ont peu, voire pas, de troubles mnésiques.

Il est maintenant bien établi que l’abstinence favorise la récupération des troubles de mémoire. La durée d’abstinence nécessaire dépend évidemment de la sévérité des déficits initiaux. En effet, cette récupération est plus favorable pour les patients atteints de troubles moins sévères.

Par ailleurs, la présence de difficultés spécifiques dans la capacité à prendre des décisions et la motivation sont également démontrées. Ces dysfonctionnements participeraient, en partie, aux difficultés des personnes à anticiper les situations à risque et dans la résistance au changement et pèseraient sur la motivation à diminuer ou arrêter de boire.


Le Berre AP, Pinon K, Vabret F, Pitel AL, Allain P, Eustache F, Beaunieux H. Study of metamemory in patients with chronic alcoholism using a feeling-of-knowing episodic memory task. Alcohol Clin Exp Res. 2010 Nov;34(11):1888-98.

Pitel AL, Rivier J, Beaunieux H, Vabret F, Desgranges B, Eustache F. Changes in the episodic memory and executive functions of abstinent and relapsed alcoholics over a 6-month period. Alcohol Clin Exp Res. 2009 Mar;33(3):490-8.

Le Berre AP, Rauchs G, La Joie R, Mézenge F, Boudehent C, Vabret F, Segobin S, Viader F, Allain P, Eustache F, Pitel AL, Beaunieux H. Impaired decision-making and brain shrinkage in alcoholism. Eur Psychiatry. 2012 Nov 23.

 


 

04 Avr 2013

Consommation d'alcool et risque de cancer

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L’alcool est reconnu comme un agent cancérigène par l’OMS. Pourtant il y a encore peu de personnes qui l’envisagent comme tel. En effet, à l’heure actuelle, une consommation modérée d’alcool est toujours envisagée par de nombreuses personnes comme bénéfique pour la santé et comme un comportement moins dangereux que la consommation tabagique.

Une étude, parue en avril 2013 dans l’American Journal of Public Health, souligne le rôle de la consommation d’alcool dans le développement de nombreux cancers. Les auteurs y recensent et y analysent de nombreuses études réalisées aux Etats-Unis depuis 2000. Ils y évoquent les cancers de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’œsophage et du foie ; mais aussi, le cancer du colon, celui du rectum ou encore, le cancer du sein chez la femme.

Leurs conclusions sont les suivantes : l’alcool est en cause dans 3.5% des décès dus aux cancers et est responsable d’une diminution de l’espérance de vie d’environ 18 ans.

Ils mettent en évidence un impact majeur d’une consommation d’un ou deux verres par jour, ce qui remet en question la croyance que l’alcool en quantité réduite peut être « bénéfique pour la santé ». Enfin, ils montrent que 15% des décès lors d’un cancer du sein, chez la femme, sont attribuables à l’alcool.

Cette étude insiste donc largement sur l’augmentation du risque de cancer qu’entraine une consommation régulière, modérée ou limitée et rappelle que l’alcool est un facteur de risque souvent sous-estimé Ainsi, là où certains préconisent une consommation modérée, parfois considérée comme bénéfique, dans le cadre du cancer ces auteurs prônent l’abstinence totale.

Source :

Alcohol-Attributable Cancer Deaths and Years of Potential Life Lost in the United States. Nelson DE, Jarman DW, Rehm J, Greenfield TK, Rey G, Kerr WC, Miller P, Shield KD, Ye Y, Naimi TS. Am J Public Health. 2013 Apr;103(4):641-648.

 

 

25 Jan 2013

Alcool et Sommeil

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Pour la première fois, une revue exhaustive de la littérature scientifique objective les effets à court terme de l’alcool sur la qualité de notre sommeil. En effet, Irshaad Ebrahim et ses collaborateurs du London Sleep Centre ont compilé les résultats de 27 études sur le sujet. Leur analyse met en évidence que, quelle que soit la quantité absorbée, l'alcool perturbe les cycles normaux du sommeil. L’endormissement est plus rapide et le sommeil plus profond dans la première moitié de la nuit, mais l’alcool réduit la durée du sommeil paradoxal dans la seconde partie de la nuit. Or, c’est pendant le sommeil paradoxal que les processus de mémorisation et de récupération se mettent en place. De ce fait, réduire le sommeil paradoxal peut nuire à notre concentration, notre mémoire, et induire une grande fatigue.

Irshaad O. Ebrahim, Colin M. Shapiro, Adrian J. Williams, Peter B. Fenwick. “Alcohol and Sleep I: Effects on Normal Sleep » Alcoholism: Clinical and Experimental Research, In press. http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/acer.12006/abstract

 

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